Louis-Marie : Père Arnaud, lorsque vous repensez ces huit années passées au sein de la paroisse Saint-François, quel est le premier souvenir qui vous vient à l’esprit ?
Père Arnaud : C’est une question difficile, car il y a beaucoup de souvenirs, et il y a aussi beaucoup de choses vécues qui se sont effacées des souvenirs. Le premier qui me revient c’est sans doute l’accueil chaleureux et démonstratif du père Luc Legouais (ce qui n’étonnera pas ceux qui l’ont connu) qui était présent depuis plusieurs années sur la paroisse lorsque je suis arrivé.
L-M : Quels ont été les plus grands motifs de joie et d’espérance que vous avez rencontrés dans votre ministère auprès des paroissiens ?
Père Arnaud – La question est aussi délicate tant les tâches, les rencontres…etc, du ministère de curé sont variées. Il est difficile de mettre une chose ou une autre en avant. En voilà plusieurs : la joie et le soutien de travailler avec d’autres prêtres plus jeunes et plus âgés ; soit sur la paroisse, soit au niveau de Saint-Nazaire. Citons : père Luc, Jean, Gilles (Baudry), Loïc, Gilles (de Cibon), Albert, auxquels il faudrait rajouter pour les jeunes : Emmanuel, Thomas, et Jean. (et je ne cite pas les curés voisins ; et je pourrais aussi rajouter de nombreux collaborateurs proches, diacres et laïcs.) Un autre motif de joie depuis quelques années est la multiplication des demandes de baptême (et autres sacrements) par de jeunes adultes qui découvrent, s’intéressent à la foi et la vie chrétienne. L’histoire personnelle de chacun est unique mais à chaque fois un témoignage de l’action de Dieu dans les cœurs. Mais en fait beaucoup d’autres choses sont aussi des motifs d’actions de grâce : les familles qui mettent au monde un enfant ; les enfants et les jeunes qui grandissent, dans la foi et dans le service ; les adultes qui s’engagent dans un service paroissial ou autre ; ceux qui meurent après une vie fidèle ; ceux qui se repentent de leurs fautes et décident de changer…etc.
L-M : Y a-t-il un événement, une rencontre ou un projet qui vous a particulièrement marqué et que vous emporterez avec vous ?
Père Arnaud : Il y a eu le projet Hiver Solidaire, qui est parti de l’initiative d’un jeune homme qui avait vécu en colocation solidaire (qui est resté d’ailleurs une seule année sur la paroisse pour son travail). Je m’y suis impliqué dès de début, avec une équipe et cela a continué depuis. Au-delà de l’aide concrète apportée aux personnes accueillies, cela a permis de développer tout un tas de liens avec les personnes de la rue, les associations qui les accompagnent tout au long de l’année ; des liens entre paroissiens qui partagent une soirée ensemble ; et la joie de voir certaines personnes accueillies se reconstruire…etc. L’accueil s’est d’ailleurs poursuivi d’une manière différente tout au long de l’année. Le lancement d’un parcours Alpha est aussi un projet important pour la paroisse. Je retiens aussi les pèlerinages à Lourdes avec la pastorale des mieux populaires ; le bon travail avec les écoles catholiques…etc.
L-M : Être curé aujourd’hui est une mission exigeante. Quelles ont été, selon vous, les principales difficultés ?
Père Arnaud : La charge de 2 paroisses depuis 2 ans est sans doute la difficulté principale, à cause de la dispersion et des tensions d’emploi que cela implique : multiplication des choses à penser et des personnes à fréquenter avec pour conséquence : peu de temps pour chacun et pour chaque chose ; donc peu d’application ou d’approfondissement. Une autre difficulté est aussi d’arriver à impliquer/engager les paroissiens dans la vie paroissiale avec ce paradoxe : certains le sont, certains beaucoup ; mais beaucoup d’autres se contentent d’être spectateur, manquent d’autonomie, un peu comme des adolescents qu’il faudrait toujours solliciter et pousser pour qu’ils se décident à faire quelque chose.
L-M : Quel regard portez-vous sur la paroisse Saint-François aujourd’hui ? Quelles sont, selon vous, ses forces et ses défis pour les années à venir ?
Père Arnaud : La paroisse dispose de ressources humaines relativement nombreuses. Le défi sera toujours de les tourner vers l’extérieur, vers la mission. Le Pape François disait : « La réforme des structures, qui exige la conversion pastorale, ne peut se comprendre qu’en ce sens : faire en sorte qu’elles deviennent toutes plus missionnaires, que la pastorale ordinaire en toutes ses instances soit plus expansive et ouverte, qu’elle mette les agents pastoraux en constante attitude de “sortie” et favorise ainsi la réponse positive de tous ceux auxquels Jésus offre son amitié. » (La joie de l’Evangile n° 27) Par ailleurs, la paroisse (comme la ville) rassemble des personnes de milieux, de cultures, d’origines, de sensibilités eccléciales…etc, différents : un défi est de faire droit à cette diversité, et aux charismes des uns et des autres pour les mettre au service de tous (1 Co 12). Une autre force, c’est l’exemple et la prière de son Saint patron !
L-M : Quel message souhaitez-vous adresser aux bénévoles, aux équipes paroissiales et à tous ceux qui s’engagent discrètement au service de l’Église ? Enfin, si vous deviez laisser une seule parole d’encouragement aux paroissiens de Saint-François, quelle serait-elle?
Père Arnaud : Je citerais quelques paroles du discours d’Adieu de Paul aux anciens de la ville d’Ephèse, dans le livre des Actes des Apôtres. (Actes 20, 17-38) pour vous les adresse – toute comparaison gardée : Actes 20, 32-35 : Et maintenant, je vous confie à Dieu et à la parole de sa grâce, lui qui a le pouvoir de construire l’édifice et de donner à chacun l’héritage en compagnie de tous les saints… En toutes choses, je vous ai montré qu’en se donnant de la peine, il faut secourir les faibles et se souvenir des paroles du Seigneur Jésus, car lui-même a dit : Il y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir. Je vous confie à Dieu, à sa Parole ; cela me semble plus pertinent qu’une liste de conseils, ou même un seul. Comme pour Saint-François, qui ne voulait pas écrire une autre règle que celle du Saint Evangile pour ses frères. C’est l’écoute et la mise en œuvre de sa Parole, qui a le pouvoir de construire l’édifice (l’Eglise) et de vous donner l’héritage avec tous les saints
