La vie de François ne manque pas d’épisodes devenus célèbres : le baiser au lépreux, le don de son équipement de chevalier, le sermon aux oiseaux, l’apprivoisement du loup de Gubbio, les stigmates…etc. Chacun – certains appelés Fioretti – est le plus souvent très symbolique d’un tournant ou d’une facette importante de la vie de François. Il en est ainsi de la dénudation devant son père et l’évêque d’Assise.
Écoutons le récit qu’en fait un de ses biographe, Thomas de Celano (Vita Prima). Remettons-le d’abord dans son contexte : le père de François, furieux que celui-ci partage ses biens avec les pauvres, le traine devant le tribunal de l’évêque pour le déshériter… « Arrivé devant l’évêque, sans tarder ni s’inquiéter de rien, sans demander aucune explication, sans en donner lui-même, il se dépouille de ses vêtements et les rend à son père … Alors il dit à son père : « Jusqu’à ce jour je vous ai appelé mon père sur la terre ; maintenant je puis en toute assurance dire : Notre Père qui êtes dans les cieux, car je l’ai rendu dépositaire de tout mon trésor et j’ai placé en lui toute mon espérance. » Quel est le sens de ce geste ? Celui de s’en remettre plus absolument
au Père des cieux, plutôt qu’à son père et ses richesses faussement sécurisantes : En rendant ses vêtements à son père, François signifie son renoncement définitif à son ancienne vie et à son milieu ; c’est à proprement parler un acte de conversion. On peut rapprocher ce geste de la manie (le mot est assez adapté) de François, de donner ses vêtements dès qu’il rencontre quelqu’un de plus mal vêtu que lui. A tel point qu’un frère trouvera la parade en lui prêtant un vêtement, qui, ne lui appartenant plus, ne pourra plus être donné !
Il y a aussi, derrière ce geste, l’idée d’imiter le dépouillement du Fils de Dieu : « Ainsi le serviteur (François) du Roi suprême demeura dépouillé de tout afin de marcher à la suite de celui qu’il aimait, à la suite de son Seigneur attaché nu à la croix. » Suivre nu, le Christ nu, est une formule répandue à l’époque. Elle vient des pères de l’Eglise : nudus nudum Christum sequere. (Lettre 125 à Rusticus de Saint Jérôme.)
On peut aussi mettre en lien cette scène de la dénudation avec la fin de vie de François. Sentant sa mort prochaine, François demande à ses frères : « Vous me coucherez nu, sur la terre nue. » Pauvreté ; « fraternité » avec la terre d’où notre corps est sorti et où il retournera ; configuration au Christ mort dépouillé de ses vêtements ; « mise à nue » spirituelle aussi devant Dieu qu’est la mort, pour qu’il nous couvre lui-même du vêtement de sa Miséricorde…etc. Tout cela est présent dans ces différents gestes de dénudations de François.

p. Arnaud LAGANIER

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